Episode Spécial : Et son monde s’écroula

lune-verte-rouge7Les N’auteurs Fous, ce sont plusieurs auteurs du Collège de la Lune Verte qui ont décidé de développer… un préquel de la série ! Une nouvelle série, une idée brillante, une initiative qui nous ébahit… dont les héros ne sont pas Belen, Damon, Luna & co mais… les enseignants du Collège ! L’action de ces Episodes Spéciaux se déroulent pendant les Grandes Catastrophes qui ont dévasté la Terre, une dizaine d’années avant les évènements décrits dans le Collège de la Lune Verte. Ce troisième Episode Spécial est consacré à Caroline Péthinia, le professeur d’écologie.

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Et son monde s’écroula…

 

Elle tapait ses doigts l’un après l’autre sur la table d’un mouvement fluide mais signe d’agacement.

 

– Peux-tu poser ce dossier quelques minutes ? demanda-t-elle, exaspérée. Tes enregistrements de particules peuvent bien attendre la fin de notre repas !

– J’ai bientôt fini, ma chérie, encore deux minutes… la concentration en particules magnétiques de ce lieu est tout à fait extraordinaire ! Il me faut l’avis du labo sur la signification de cette soudaine hausse…

 

Le tapotement s’arrêta. Caroline Péthinia eut un claquement de langue exaspéré, captant enfin l’attention de Raphaël. Elle ne dit rien, mais elle planta son regard de glace dans celui de son copain. Il essaya de sourire, mais ne produit qu’une grimace apeurée, et bafouilla :

 

-Oui, je… J’arrête là. Excuse-moi.

 

Instantanément, le visage de Caroline s’éclaira d’un sourire enjôleur, son regard redevint doux et charmeur. Elle battit des cils, comme pour chasser le début de dispute qui venait d’avoir lieu, tandis que Raphaël lui prenait la main en souriant. À l’extérieur du chalet, les flocons se faisaient de plus en plus gros.

Raphaël bougea doucement sur sa chaise, ses yeux plantés dans ceux de sa compagne. Tout en soupirant, il essaya vainement de s’excuser :

 

– Je… Écoute, je sais que tu veux que j’oublie un moment mon boulot mais… Les particules ici sont incroyables, il semble en avoir des milliers détraquées et…

– Non. Tu as pris des congés pour que l’on passe une semaine tranquille ici, je ne vois pas pourquoi tu devrais continuer de travailler !

– Je… suis désolé. Vraiment. Je ne toucherais plus à ces appareils avant la fin de notre séjour.

– Merci.

 

L’éclairage baissait lentement, tandis que les carreaux de la fenêtre se couvraient de neige et que le feu s’éteignait tranquillement.

Caroline se leva de sa chaise qui crissa, révélant son petit ventre rond. Elle posa distraitement sa main dessus, et chuchota :

 

– Je vais aller me coucher, je n’ai plus faim…

 

Elle rejoignit la chambre à petits pas rapides, ses talons faisant chanter les tomettes jaunâtres qui recouvraient le sol. Elle se jeta sur son lit en poussant un soupir exagéré, tandis que Raphaël finissait ses pâtes à grands coups de fourchette.

 

– Qu’est-ce qu’on s’ennuie ici ! hurla Caroline. Pourquoi on passe nos vacances dans ce chalet débile ? T’aurais pas pu choisir autre chose…

– Mais c’est toi qui as réservé cet endroit, chérie !

– Ben t’avais qu’à dire non, répondit-elle en toute mauvaise foi.

 

Raphaël ne répondit pas. Quand sa petite amie était d’une humeur pareille, ce qui arrivait de plus en plus souvent ces derniers temps, il valait mieux se taire et attendre que ça passe.

 

– Et puis toute cette neige, dit Caroline, c’est trop, on y voit plus rien !

– C’est vrai qu’il a beaucoup de neige, reconnut son amant. Depuis que le Réchauffement a empiré, ce n’est théoriquement plus possible, en fait.

 

 

Aucun bruit autre que celui sourd de la neige s’accumulant sur le toit. En cette période sur-connectée, ce silence, cet isolement irréel, était inimaginable en tout autre endroit que leur chalet qui serait bientôt coupé du reste du monde. Peut-être même que leur séjour se prolongerait quelque temps. Cette idée ne déplaisait pas à Raphaël, qui souhaitait profiter le plus possible du temps passé auprès de sa petite amie, même s’il ne savait pas comment le lui dire… Il se rappelait encore tout le mal qu’il avait eu à casser la distance qu’elle maintenait entre eux au début de leur relation. Elle, jeune femme, à l’époque, timide et discrète, le nez perpétuellement plongé dans les livres, lui, jeune savant fou confiant en l’avenir et ses multiples possibilités…

 

 

Une bourrasque de vent fit claquer les volets sur leurs gonds, et la neige se transforma en véritable tempête. Quand cela s’arrêterait-il ? De la neige, encore et encore, comme si les nuages pleuraient le soleil, pendant des lunes et des lunes. De la neige idiote, qui gelait les doigts, et qui brûlait les yeux. Caroline poussa un second soupir exaspéré et caressa machinalement son ventre rond. Son petit royaume à elle. Corentin. Ou peut-être Alice. Elle avait tout le temps d’y penser, l’accouchement ne viendrait pas avant plusieurs mois. S’il venait. Mais elle préférait ne pas envisager cette possibilité, au cas où elle lui porterait malheur. Pour le moment, elle avait un autre problème : l’enfermement. Elle n’était dans le chalet que depuis quelques heures mais l’air frais lui manquait déjà. Et impossible de sortir se promener, pas avec cette neige. Un tintement métallique. Dans la cuisine, Raphaël avait lâché sa fourchette et se tenait devant la fenêtre, les yeux écarquillés. Dehors, les flocons étaient devenus verts.

 

– Oh ! Ce… ce n’est pas possible ! C’est incroyable ! Chérie, viens voir ça, vite ! Et en passant, apporte-moi ma tablette, s’il te plaît, il faut vraiment que je filme ça ! Je n’en reviens pas !

 

Caroline ne répondit rien et ne bougea pas de son lit. Elle en avait assez : il passait son temps à travailler sur les particules de l’Est, à noter tous les phénomènes anormaux qu’il rencontrait pour les étudier pendant de longues heures ensuite. Il avait déjà essayé plusieurs fois de lui expliquer l’importance de ces événements, et l’impact qu’ils pourraient avoir sur le futur. Sur le futur proche, même. Mais tout cela n’intéressait pas la jeune femme, qui ne prêtait plus aucune attention à ce qu’il se passait à l’extérieur.

 

Raphaël, lui, fasciné par les flocons d’un vert légèrement fluorescent, avait sorti un petit carnet de sa poche, et avait commencé à noter des données. Il pressa Caroline :

 

-Caro, je t’en prie, vite, apporte-moi ma tablette et viens voir ça !

 

Aucune réponse.

 

-Les flocons sont verts ! Verts, chérie ! Un phénomène du vent de l’Est ! C’est incroyable !

 

Il avait rangé son carnet et mettait son manteau en toute hâte. Il voulait aller voir ça de plus près, et même peut-être en prendre un échantillon…

 

 

Caroline le rejoignit alors qu’il était sur le seuil de la porte, prêt à s’élancer au dehors. Le regard qu’elle lui lança était plein de braises.

 

– Qu’est ce que tu comptes faire, Raphaël ?

 

Le sourire du jeune homme s’altéra un peu devant la mine épuisée de sa fiancée. Il lâcha la poignée de la porte, s’approcha d’elle, posa doucement sa main sur sa taille. Puis il pointa son index vers la fenêtre.

 

– Regarde… Regarde, Caroline. Tu les vois aussi bien que moi, cette tempête, ces flocons. Il faut que j’aille les observer. Il le faut.

 

Elle ne répondit pas.

 

– Caroline ! Je ne vais pas rester sans rien faire ! C’est… C’est l’avenir de la science, l’avenir de la Terre qui est en jeu. Et toi… Tu voudrais que je reste là à regarder le paysage ?

– C’est imprudent et dangereux. Tu ne sais pas comment fonctionne ce phénomène, tu ne connais pas ses conséquences…

 

Il planta ses yeux dans les siens.

 

– Écoute-moi. Imagines que nous soyons les seules personnes sur Terre à avoir vu ce phénomène. Je ne peux pas laisser passer ça ! Si je ne fais rien, la science n’entendra jamais parler de ces flocons et ce serait bien dommage…

 

Ce n’était pas ce qu’il fallait dire.

 

– La science ! S’emporta la jeune femme. Tu n’as que ce mot à la bouche depuis notre arrivée ! Il n’y a donc que cela qui compte pour toi ? Et moi là dedans ? Et notre enfant ? On dirait que tu t’en fiche complètement !

 

Sa voix avait baissé d’une octave. Elle se reprit :

 

– Oh, et puis fais comme tu veux, de toute façon je m’en moque…

 

Elle lui jeta un regard noir et tourna les talons. Pourquoi ne comprenait-il pas ? Il lui avait dit, juré, qu’il l’aimait plus que tout, pourtant il l’abandonnait chaque jour un peu plus au profit de ses recherches. C’était simple, elle n’en pouvait plus. Marre, marre, marre de lui, de la Science, de l’Ecologie et de toutes ses recherches inutiles. Elle claqua la porte du séjour et s’affala sur un fauteuil. Elle l’entendit revenir sur ses pas, l’appeler doucement, s’excuser, mais elle ne lui répondit pas. De toute façon il finirait par partir aller voir ses satanés flocons, excuses ou pas. Elle le connaissait.

 

Il sortit quelques minutes plus tard.

 

Seule, coupée du reste du monde, ses soupirs réguliers venaient briser le silence.

Plus elle songeait à Raphaël, plus les larmes montaient.

 

Elle aurait voulu qu’il vienne s’asseoir auprès d’elle pour la réconforter, qu’il la serre dans ses bras, en toute sincérité.

 

 

Mais ce n’était pas possible, puisque monsieur était parti voir ses amis les flocons verts…

Elle reposa ses coudes sur la table et prit sa tête dans ses mains. Un soupir lui échappa.

Elle se levait quand elle entendit un son ressemblant à un cri.

 

– Raphaël ? appela-t-elle.

 

Aucune réponse ne lui parvint. Elle ouvrit la porte, alla voir l’entrée. La fenêtre verdissait au fur et à mesure que les flocons s’y déposaient, il était impossible de deviner la moindre forme au travers.

 

 

Avec résignation, Caroline s’habilla chaudement et ouvrit la porte. La première chose qui la saisit, avant même de ressentir la morsure du froid, fut l’atmosphère inconcevable. Le ciel était vert.

 

Elle ne pouvait détacher ses yeux de l’environnement qui l’entourait, faisant quelques pas pour scruter le paysage. Elle se serait crue dans un décor de télévision. Où qu’elle posait ses yeux, tout n’était que vert, vert pomme. Tout cela lui faisait mal à la tête. Sa motivation pour retrouver Raphaël fut tout de suite refroidie. Il pourrait bien rentrer tout seul ! Il avait voulu aller faire joujou avec ses flocons, libre à lui, mais elle avait froid finalement et son bébé aussi. Elle ne pouvait risquer sa vie. Elle se retourna dans l’intention de rentrer et eut un hoquet de surprise. La maison avait disparu.

 

Caroline cligna des yeux dans l’épais brouillard verdâtre. Ce n’était pas possible… Le chalet était là, juste derrière ! Ou peut-être un peu plus à droite… Ou non, à gauche… Elle n’était plus très sûre, la tête commençait à lui tourner. Elle n’osait plus bouger, de peur d’aller dans la mauvaise direction, tandis que la neige tombait de plus belle. Le vent lui glaçait les joues, ses lèvres étaient givrées.

 

– Raphaël ?

 

Seul un faible murmure sorti de sa bouche. La panique s’insinua doucement dans son esprit. Où était-il ? Où était-elle ? Que faire ? Si jamais… Le souffle court, elle s’effondra sur le sol et perdit connaissance.

 

Une claque énergique lui fit rouvrir les yeux. Elle prit vaguement conscience qu’elle était allongée sur un canapé, enveloppée d’une couverture de survie. Malgré cela, elle se sentait encore glacée.

Raphaël était penché sur elle, l’air affolé, et elle reçut une nouvelle claque avant qu’il ne se rende compte qu’elle s’était réveillée.

 

– Caroline ! Je, je…

 

Elle se redressa sur un coude, regarda autour d’elle puis le foudroya du regard.

 

– Espèce de dingue ! hurla-t-elle. Tu aurais pu…

 

Soudain, elle s’arrêta net. Elle venait de remarquer une teinte inhabituelle sur le visage de son compagnon : il était vert, d’un vert sombre de mauvais augure.

 

– Raphaël, qu’est ce que… commença-t-elle en tendant une main vers le visage de son petit ami.

 

Mais elle ne termina pas sa phrase, laissée sans voix par ce qu’elle voyait. Sa main était verte aussi.

 

– Ne t’inquiète pas chérie, ça devrait disparaître, ce n’est que la neige qui colle encore à notre peau… Regarde.

 

Pour prouver ce qu’il disait, il se dirigea vers l’évier et passa son bras sous l’eau chaude. Sans aucun résultat.

 

– Ah oui, ça va partir, je n’ai pas à m’inquiéter !! Je ne vais pas rester verte toute ma vie, c’est impossible !!! ironisa-t-elle, sa voix montant peu à peu dans les aiguës.

– Chérie, calme-toi…

– Non, je ne me calmerais pas !! lui hurla Caroline, à moitié hystérique. C’est à cause de ta stupidité qu’on est comme ça!! Et que notre fils sera peut-être vert lui aussi !!! Mais ce n’est pas grave, tant que la science est contente !!! Tu les as bien étudiés, tes flocons, j’espère… !

 

 

Raphaël avait l’air de plus en plus effrayé au fur et à mesure que la voix de Caroline enflait. Les reproches pleuvaient sur lui comme de la grêle.

 

Les bras en croix et les yeux baissés, Raphaël subissait la colère de sa fiancée sans un mot. Il n’osait pas relever la tête de peur de croiser son regard de feu. Emportée dans son élan Caroline s’était relevée avec peine du canapé et hurlait sur son compagnon, à grand renfort de gestes et d’œillades grossières. Elle s’emportait, se délestant de toute sa rage. Raphaël souhaitait l’accalmie mais Caroline ne s’arrêtait plus.

 

Le ton montait et le silence de son amant ne faisait qu’aggraver sa fureur.  Il attendait tandis qu’elle hurlait de terreur pour elle, pour lui, pour ce petit être qui bougeait en elle sans pouvoir s’exprimer. Puis, brusquement, Caroline asséna, sur la joue gauche de son petit ami, une claque magistrale. Effondrée et ne voulant pas l’admettre, elle courut s’enfermer dans la toute petite pièce coincée entre deux portes, tout au fond du chalet. Resté seul et ne sachant que faire, Raphaël attendit. Longtemps. Très  longtemps. Dans le doute et tentant de frapper à la porte, se ravisant à la dernière seconde. Enfin, n’osant rien, il prit son mal patience, et s’assit sur le divan.

 

Les minutes, les secondes, semblaient durer des heures dans l’ambiance glaciale qui pesait sur le chalet silencieux.

Raphaël fut le premier à percevoir le bourdonnement sourd qui semblait s’amplifier et grossir.

Il se précipita aussitôt à la fenêtre. Ce n’était pas le bourdonnement d’un hélicoptère ou d’un quelconque appareil mécanique. Et cela ne semblait pas venir de dehors. On aurait dit que… que… Il marchait en rond, le regard rivé au sol, quand Caroline sortit de la pièce.

 

-Raphaël, c’est toi qui…

 

Elle s’arrêta en voyant son regard halluciné, contrasté par sa peau toujours verte et brillante. Ce fut à cet instant que la vibration se répercuta dans ses jambes. La jeune femme comprit aussitôt. Elle avait souvent vu ce genre de signal sur l’ordinateur de Raphaël.

 

Un séisme. Démultiplié.

 

Une nouvelle secousse se fit ressentir, plus forte que les premières. Caroline voulu sortir du chalet, s’enfuir pour éviter la catastrophe, mais au lieu de cela, elle resta plantée sur place, paralysée de terreur. Le bébé remua dans son ventre, comme s’il ressentait lui-aussi les secousses.

 

-Chut, calme-toi, dit Caroline d’une voix tremblotante et peu convaincue, c’est simplement le sol qui bouge un peu, rien de grave. On va s’en sortir, ne t’inquiète pas.

 

Elle se tourna lentement vers Raphaël. Celui ci lui empoigna sa main et s’avança vers la porte du chalet. Le sol tremblait de plus en plus fort. Quelques fissures étaient apparues. Et son chéri criait des choses que Caroline ne comprenait pas. À vrai dire, elle ne comprenait plus rien. Son cerveau semblait avoir cessé de fonctionner. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle devait s’enfuir.  Qu’elle allait certainement mourir, avec son enfant, son petit ami.

 

Les larmes lui brouillaient la vue. Elle voulait les contrôler, les empêchait de couler, mais c’était plus fort qu’elle. Puis, sa main lâcha soudainement celle de Raphaël. Elle venait de tomber, dans les marches de l’escalier. Elle entendit des cris, ceux de son compagnon. Elle sentit les coups de son enfant, dans son ventre.

 

Raphaël perçut un dernier craquement, dernier gémissement du chalet, et tout devint noir.

Il commença par tousser. Tousser, tousser pour ne pas laisser toute cette poussière assaillir ses poumons.

Il était étrangement calme, ne réfléchissait plus, son esprit laissait son corps agir, qui savait parfaitement quoi faire. Se baisser. Pour respirer. Puis relever la tête, humer les particules qui l’entouraient. Il n’y avait pas de feu. Chercher à savoir où il était. L’escalier s’était-il écroulé ? Non, seuls quelques gravats jonchaient le sol de béton. Le premier étage ne s’était pas effondré sur eux.

 

Bon.

Caroline, si elle avait survécu, ne serait pas difficile à sortir de là. Si elle avait survécu… C’est à cet instant que la panique prit possession de son corps, avec une violence folle

 

La retrouver. Il fallait la retrouver. L’atmosphère, empreinte de toutes ces particules sombres, ne laissait apercevoir seulement quelques centimètres devant lui. Même sa main, auparavant d’un vert fluorescent, disparaissait dans le noir absolu autour de lui qui l’étouffait. Ses toussotements lui irritaient la gorge, ses yeux le piquaient également. Il s’accrochait de toutes ses forces à sa volonté pour rester debout et continuer ses recherches. Caroline. Elle était sa seule motivation à ne pas partir ainsi, il ne pouvait pas mourir avant de l’avoir aidé une dernière fois. En repensant à elle, ses larmes coulèrent subitement, brouillant sa vue.

 

Il fallait se ressaisir. Rester à pleurer, planté là, comme un incapable, ne servait à rien. Il essaya d’avancer. Peu à peu, il débloquait un petit chemin parmi les gravats. Bientôt, il atteignit l’escalier. Il lui avait fallu un temps monstre pour l’atteindre alors qu’il était à moins de deux mètres, combien de temps lui restait-il pour trouver Caroline et l’emmener hors du chalet avant que celui-ci ne s’effondre? Trop peu, pensa-t-il. Il se pencha et entraperçut sa fiancée roulée en boule tout au fond d’un trou au milieu des marches, recouverte de poussières et de débris. Raphaël leva son pied.

 

Soudain, la marche sur laquelle il s’était appuyé émis un craquement sinistre. Puis céda. Il eut juste le temps de crier avant de basculer à son tour et de s’effondrer deux mètres plus bas.  En dépit de la douleur qui lui lacérait la poitrine, le jeune homme rampa jusqu’à sa bien-aimée, l’appréhension lui tordant le ventre. Elle pleurait. Elle était vivante. Raphaël sentit le soulagement dans chacune des cellules de son corps. Caroline se retourna en gémissant. Elle le vit dans la pénombre et tenta un sourire. Avant de remarquer la tâche de sang qui s’épanouissait sur la chemise de son compagnon.

 

-Raphaël ! s’écria-t-elle d’une voix brisée  en rampant vers lui.

 

Celui-ci était recroquevillé, ses mains rouges de sang sur son ventre blessé, son regard tourné vers elle. Elle était vivante et c’était la seule chose qui importait encore. C’était sa faute s’ils en étaient arrivés là…

 

Si seulement il était resté près d’elle,… Seulement, ça ne servait à rien de penser à ça, il allait mourir.

Mais Caroline, elle, ne pouvait pas l’accepter. Elle essayait tant bien que mal d’arrêter l’hémorragie avec des morceaux de tissu qu’elle avait ramassé. C’était son petit ami. C’était le seul qui la faisait sourire même lorsqu’elle était de mauvaise humeur, le seul qui supportait ses colères, c’était l’homme qu’elle aimait. Et surtout,  elle portait son enfant, cet enfant qui au même moment remuait dans son ventre. Il ne pouvait pas s’en aller.

 

 

Il ne pouvait pas s’en aller !

 

 

Raphaël essaya d’articuler quelque chose mais la douleur le fit gémir de plus belle. Il fixa alors longuement Caroline puis, lentement, il ferma lentement les yeux.

 

Une larme perla sur sa joue glacée.

 

 

Il y eut des cris de rage, des larmes qui laceraient ses joues, des baisers qui ne redonnerait pourtant pas la vie, du sang qui se mélangeait aux pleurs…

 

 

Caroline se releva lentement, entre la poussière et les débris. Elle caressa son ventre avec tendresse, sans pour autant arriver à imaginer sa vie sans son petit ami, avec un enfant qui n’aurait pas de père.

La vie de Raphaël avait pris fin.

Le séisme avait pris fin.

 

 

 

Tout était blanc et sentait l’antiseptique. Allongée, Caroline leva sa main à hauteur de son visage. Sa peau avait retrouvé sa couleur pêche. Son ventre avait retrouvé son aspect plat.

Son bébé était parti. Il devait dormir ailleurs, dans le grand hôpital. Ou peut-être pleurait-il, l’appelant, elle, sa mère.

Mais elle n’irait pas le rejoindre. Elle avait accouché sous X. Dès qu’elle s’en sentirait capable, elle partirait. Le laissant. L’abandonnant. Elle ne savait pas si elle saurait l’élever. Lui offrir une belle vie. Depuis la mort de Raphaël, et l’arrivée des secours, elle n’était plus tout à fait la même.

Elle avait perdu quelque chose.

 

 

Elle posa ses pieds sur le sol froid, s’habilla, enfila ses chaussures. Et sortit, jetant un dernier regard au bâtiment.

 

– Je te le promets, je reviendrais te voir. Mais pas tout de suite. Attends-moi, s’il te plait…

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16 réflexions au sujet de « Episode Spécial : Et son monde s’écroula »

  1. Wahou, super ! par contre, un conseil, supprimez quelques passages ou phrases inutiles car un texte doit etre accrocheur et à certain moment mon attention vacillait.

    Un môssieur d’un blog d’écriture dit :

    il faut penser à dégraisser son texte. Si vous faites des passages inutiles, vous allez perdre l’attention de votre lecteur. Supprimer toute phrase inutile et penser qu’un lecteur va lire votre texte. Avec cette méthode, on peut enlever jusqu’à 10% de votre texte.

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  2. J’espère que l’on est pas obligé de lire ce texte pour comprendre la suite de l’histoire. Parce qu’il est un peu long et que je dois commencer mon devoir maison alors que j’aimerais finir de lire tous les épisodes… Tant pis, j’ai envie de le lire!!!
    *pause gâteau (trop bon!!)*
    Tant pis pour mon devoir donc, je le lis!

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  3. Hey hey hey !
    Oyez oyez braves Jbnautes !

    Nous avons l’honneur de vous annoncer que les inscriptions pour le projet-texte n°4 sont ouvertes ! Venez sur notre blog, tout y est indiqué !
    Pour vous inscrire, un petit mail à notre adresse (dispo sur notre blog) avec en objet le fait que vous voulez participer à ce projet. Dans le contenu, votre pseudo de JBnaute, un lien vers l’un de vos textes du CLV, et un minimum de motivation ! Vous pouvez ajouter également votre préférence d’ordre de passage, ou vos indisponibilités (sachant que le texte ne commencera pas avant la fin des vacances de la zone A).
    Les inscriptions sont ouvertes jusqu’à ce que les 30 places soient prises !
    Toutes vos propositions pour le texte sont les bienvenues sur l’article qui y est consacré, toujours sur notre blog !
    Et n’hésitez surtout pas à faire passer le message !

    De plus, pour le journal, le passage à un tous les deux mois est effectif. Il paraitra donc dans un mois et une ou deux semaines.
    Il manque des journalistes !
    Venez postuler !

    Il suffit de nous envoyer un mail avec le numéro du journal, votre pseudo de JBnaute, et la rubrique convoitée.
    Les candidatures pour les dessinateurs sont également les bienvenues !
    Nous vous rappelons que même si le journal ne parait plus que tous les deux mois, s’il n’y a pas assez de rédacteurs, nous nous trouverons dans l’obligation de fermer le projet !

    Rien n’a été oublié, nous semble-t-il…
    S’il y a des questions, des propositions, des remarques, conseils, ils sont les bienvenus tant qu’ils sont constructifs.

    Au plaisir de vous lire
    Les n’auteurs fous

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  4. Ooooh, c’est tellement triste… 😥 Un magnifique texte, qui parle des Catastrophes et du passé d’une prof, c’est super intéressant. Et très original, je ne m’attendais pas à ça 🙂 Bravo à tous les auteurs !

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