Le vert de la vallée

Intégrale Arc 2 – épisode 2

Par Ailes d’Ange (Aile 1)

 
Les Brouillards Gazeux envahissaient la vallée quand Zetador s’était réveillée.
La veille encore, ils n’étaient que des nuages verdâtres qui cachaient les cimes de l’Alpharillo. Les élèves s’étaient rassemblés en silence dans le réfectoire, leur masque à la main, en passant exclusivement par les couloirs.  Les plus jeunes et les nouveaux arrivants regardaient avec curiosité les volutes de fumée d’un vert sombre et sale se mouvoir contre les vitres durant le petit-déjeuner.
Saudável se laissa tomber en face d’Elie qui n’en fut pas surpris. Depuis la rentrée, il commençait à s’habituer à l’absence de délicatesse de la jeune femme.
– C’est quoi, ça ? demanda-t-elle en pointant les fenêtres du menton.
– Les Brouillards Gazeux, ils viennent à chaque fois à la fin de l’été. C’est normal. Il faut porter un masque à gaz quand on doit sortir et utiliser les sas.
Elle but d’un coup son café en grimaçant à cause de la brûlure occasionnée.
– Pourquoi tout le monde a l’air inquiet alors ?
– Les Brouillards sont descendus plus rapidement que prévu. Tout n’était pas prêt, apparemment.
Saudável haussa un sourcil.
– Il faut ramasser les fruits et rentrer les animaux, fermer les serres, activer le système de ventilation en circuit fermé, énuméra Elie.
– C’est toxique ? coupa la jeune femme.
– Ça dépend pour qui. Pour nous, plutôt. Pour les plantes, pas trop. Tant qu’ils sont là, on est rationné et il y a des règles plus strictes.
– Combien de temps ?
– Ça dépend. Entre deux semaines et un mois la plupart du temps.
Saudável grimaça.
Elle ne s’attendait pas à ce qu’ici aussi, la nature lui impose de rester cloitrée à l’intérieur. Elle avait tellement eu l’impression d’être libérée en arrivant dans cette vallée verdoyante qu’elle ne se l’imaginait pas en proie à des phénomènes météorologiques agressifs.
Elle se sentit brusquement à l’étroit dans le réfectoire, comme compressée dans un trop petit espace, forcée de se plier aux caprices dévastateurs de la nature. Comme à Rio.
En un instant, elle retourna là-bas pendant les épisodes de vent radioactif. Parquée comme un animal dans des salles de cours trop petites et bruyantes. Obligée de se déplacer sous la surface, par les égouts aux eaux suspectes. Nourrie aux aliments lyophilisés. Perdue dans une masse d’humains en perdition qui se battaient plus pour leur survie que pour leur vie. Ballotée entre les mouvements d’une foule en colère et la stagnation de la réalité. Patientant dans l’expectative de la fin de l’alerte, dans l’attente d’un changement.
Elle respirait mal.
Elle sentait de nouveau l’odeur particulière de Rio, un mélange âcre de parfums d’égouts, de déchets, de fumée, de friture. Elle voyait les murs gris et délavés de la capitale de la misère, des murs qui déteignaient leur couleur de tristesse sur le ciel. Elle entendait les cris et les murmures en portugais brésilien et la sirène en arrière plan qui montait et descendait. Montait et descendait. Montait et…
– Hé, ça va ?
Elle cligna des yeux pour distinguer la forme qui s’agitait devant elle. Une tignasse rousse et deux iris d’un vert à la fois pâle et profond. Du même vert que les arbres de la vallée qui accrochaient leurs racines dans le sol sec et dur de la montagne. Un vert qui prouve que même dans la difficulté, il y a toujours un moyen de réussir. Le vert qui lui avait fait quitter Rio. Le vert qui l’avait accueillie au terme de son voyage. Le vert de cette vallée. Et le vert des yeux d’Elie.
Elle lui sourit :
– Ça va, maintenant.

 

Ce qui m’a inspirée : les musiques d’Interstellar

 

 

Publicités

7 réflexions au sujet de « Le vert de la vallée »

  1. Je rejoins Aqua : je trouve que ce n’est pas ton meilleur texte, je ne saurais pas trop dire pourquoi, mais je pense que tu en as écrit des encore plus aboutis et avec encore plus de finesse. Cependant ça ne change rien au fait que ce texte-là soit génial ! Comme souvent, j’ai tout aimé : l’approfondissement de la relation Saudavel/Élie, l’évocation des Brouillards Gazeux, l’évocation du passé de Saudavel et la description de la vie à Rio (très beau passage, d’ailleurs), etc. Il n’offre que de belles pistes pour la suite ! Bravo !

    J'aime

  2. Je ne sais pas si c’est le retravaillage qui en est la cause (je ne pense pas), mais la première moitié de ton texte manque un peu de spontanéité, oui. Surtout les premières phrases avec l’effet « entonnoir » comme dans les intro de dissert (lorsque tu te focalises de plus en plus vers le cœur du sujet, jusqu’à arriver aux personnages qui nous intéressent). Dans l’idée c’est pas mal pour que ton lecteur entre en douceur dans ton texte, mais du coup ton style est assez plat, manque de rythme – en fait c’est un style « documentaire » et pas « texte de fiction » (u vois ce que je veux dire ?). Je trouve ça plus chouette de donner les infos discrètement, par petites touches (ce que tu as bien réussi dans la suite de ton texte !) plutôt que de poser les grandes lignes du contexte dès le départ, parce que ça a un côté très artificiel – tu me diras, l’inverse est tout aussi artificiel, c’est juste que ça ne se voit/ressent pas ^^
    Bon, en même temps, la phrase dont tu es partie pour écrire ton texte t’obligeait à faire ça, donc je ne peux pas te le reprocher 😉

    J'aime

  3. Merci pour vos commentaire, ça me fait très plaisir de savoir que ça vous a plu !

    Aqua : Tu trouves ? En fait, je ne l’ai pas écrit « comme d’habitude », juste au feeling avec du travail après pour respecter le nombre de mots. Là, j’ai écris au feeling mais après, j’ai vraiment retravailler sur le choix de mots (par exemple, le choix de verbes passifs pour la description de la vie à Rio), le rythme, etc, ce qui doit donner un côté un peu moins spontané…

    Sinon, oui, les Brouillards Gazeux… C’est un sujet très intéressant. Même si la vallée de Zetador a l’air particulièrement préservée (contrairement à Rio par exemple), tout n’est pas tout rose ! (c’est même plutôt vert, pour le coup…). J’ai réfléchi pas mal de temps en effet, Lisonnette, pour arriver à quelque chose de crédible. Et le passé de Saudàvel… C’est intéressant à explorer car il faut imaginer autre chose, d’autres conséquences… Je me suis bien amusée pour le coup sur l’écriture de la description de la vie à Rio de Sauvàdel, à la retravailler pour essayer de transmettre le maximum de choses (odeurs, vue, ouïe…) en un minimum de mots…

    Merci encore à vous pour vos commentaires 🙂

    J'aime

  4. Un chouette texte, comme d’hab’ (même si je pense que tu en as écrit de meilleurs). C’est une bonne idée de refaire un point sur les brouillards pour ne pas perdre les nouveaux, et en même temps tu apportes du neuf !
    Et j’adooore ton titre 😀

    Aimé par 1 personne

  5. Hey !
    J’ai beaucoup aimé ton texte !
    Il est facile à lire : les paragraphes s’enchaînent parfaitement, tout est fluide…
    De plus étant relativement nouveau j’ai bien apprécié les questions posées par Saudável au sujet des brouillards et évidemment les réponses d’Élie.
    Quant aux paragraphes sur le passé de Saudável et la description de Rio, c’était juste génial. Le fait que tu mettes en avant plusieurs sens nous plonge vraiment dans le texte et on peut facilement imaginer la vie là-bas !
    Bref, félicitations 😉

    J'aime

  6. Ton texte est vraiment super ! Déjà, j’adore ton écriture, ton texte se lit tout seul. En plus tu maîtrise vraiment très bien l’univers, c’est très intéressant d’évoquer la vie au Collège pendant les brouillards gazeux, surtout qu’on sent que t’as vraiment réfléchi au sujet. Et enfin, tu évoques le passé de Saudàvel au passage donc c’est génial, ça permet de creuser un peu ce tout nouveau personnage ! Donc ben… bravo 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s