Cher Élie

Par La fille qui n’aimait pas les fins, 14 ans

Des profondeurs du ciel tombait une nuit sombre et froide. La lune, très pâle, semblait presque éteinte face à l’astre qui se trouvait à sa droite, et dont la chaude lueur orangée ne pouvait passer inaperçue. Mars… Cette planète aussi effrayante qu’attirante. Cette planète où mon cousin travaillait, dont je n’avais plus de nouvelles depuis quelque temps. Inquiet, je refermai le rideau de ma chambre, allumai ma lampe de chevet et décidai de relire sa dernière lettre…

«  Cher Élie,

Depuis quelques mois, Mars se vide peu à peu des nombreux migrants venus fuyant la misère de la Terre. Ils repartent au rythme des navettes, déçus de n’avoir trouvé ici que la ruine et des conditions plus que précaires. Ah ! Il est loin le rêve martien, cet idéal que nous espérions tous, comme si changer de planète allait résoudre tous nos problèmes. Pour ma part, ma décision est déjà prise : je reste. Et j’espère que tu pourras bientôt me rejoindre !

Contrairement à beaucoup, Mars ne m’a pas déçu. J’en suis tombé amoureux et partir serait pour moi un déchirement, tel une âme qui se détacherait d’un corps. Peut être que je te parais quelque peu excessif, à parler de cette planète comme d’un être humain et d’y décrire là un coup de foudre. Mais Mars est vivante ! Je l’admire, dans toute sa puissance rouge et rocailleuse, avec son aura sombre et envoûtante ! »

Les premières phrases étaient raturées et je n’avais pu les lire que récemment grâce à une technique que m’avait apprise Saudàvel. Il fallait passer un coup de crayon à papier léger sur le dos de la feuille. Les mots qu’il avait écrits étaient les traces les plus foncés. Il suffisait ensuite de retranscrire les lettres dans le bon sens.

Ses mots étaient ensuite déroutants, ils me faisaient peur. Je sautai quelques lignes pour arriver au plus important. La partie. La seule qui me semblait vraie. Celle écrite dans le code que nous avions inventé enfants.

«  Élie, ne croie pas un mot de ce que j’ai dit précédemment. Nos lettres sont lues. Voici le résumé de la dernière mission que j’ai effectuée, puisse-t-elle t’éclairer sur les événements qui se déroulent ici.

La réparation d’un panneau solaire dans une zone classée « à risque » m’a entraîné jusque dans un endroit isolé. Tandis que je me dirigeai vers la zone en défaillance technique, je me surpris à examiner le paysage d’un air curieux. Sur Mars, comme tu le sais, l’horizon est toujours le même, outre quelques différences minimes. Mais là, étrangement, il me semblait différent. Je secouai la tête pour me débarrasser de cette idée saugrenue.

J’avançai prudemment. Là, les panneaux solaires se dressaient tels des montagnes au milieu d’une prairie, insolites.Je souris à leur vue : j’étais arrivé sans encombre.

Je montai sur un des panneaux pour l’examiner et mon soulagement s’éteignit comme il était apparu. Brusquement.

Là, à cette hauteur et aussi loin de la station avec ses lumières polluantes, je vis clairement une navette en plein voyage entre Mars et la Terre. Une navette sûrement remplie de colons porteurs du message d’un rêve promis mensonger et d’une utopie vouée à l’échec. Ce ne fut pas ce spectacle qui m’étonna, non, ce furent les explosions des différentes parties de l’appareil. En quelques secondes, il ne restait plus que l’espace et son infini angoissant.

Resté bouche-bée, quelques instants, je me ressaisi et parti en courant vers la station. »

Le reste, brouillon, était difficile à comprendre. On aurait presque pu penser qu’il l’avait écrit dans la précipitation, comme pressé par un fait inévitable. J’avais tenté de le déchiffrer, et laborieusement j’avais compris que lorsqu’il était arrivé à la base, il avait raconté à quelqu’un ce qu’il avait vu … et qu’il n’aurait pas dû. 

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2 réflexions au sujet de « Cher Élie »

  1. J’aime beaucoup ! La forme de la lettre rend la lecture très prenante, c’est une super idée ! On est directement happés par ton texte et la mention du code secret ne fait que redoubler notre attention. L’idée de la navette qu’on fait exploser pour empêcher la vérité d’éclater est terrifiante, mais très intéressante (peut être un peu extrême, c’est vrai, mais bon, ce sont des barbares^^) et la fin illustre bien toute la tension qui s’est accumulée au long du texte ! Bravo!
    (je rejoins cependant angeslune sur la longueur du message codé, que j’aurais aussi vu plus bref et moins descriptif)

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  2. Salut !
    Alors niveau écriture, rien à dire à part bravo, c’est très agréable ! L’idée de la lecture d’une lettre est super intéressante et c’est plutôt bien fait. L’idée aussi de « rester sur Mars ou exploser » est intéressante (même si difficilement pensable).

    Deux petites remarques tout de même :
    – Le style du récit du cousin n’est pas forcément adapté, à mon avis à la situation : déjà, je pense que les gens qui transcrivent ainsi leurs aventures sont plutôt rares, le style est très littéraire (on raconte rarement au passé simple par exemple, il s’agit plutôt d’un temps de narration, de roman, pas trop de « témoignage », les termes employés aussi) mais c’est plausible ; de plus, il s’agit d’un récit codé, je ne suis pas sûre que transcrire tout ce texte à l’aide d’un code soit super aisé, et si j’avais à le faire, j’opterai pour un texte court et efficace plutôt que développe mon récit, d’autant plus qu’il semblait pressé… ; enfin, un tel texte ne tient pas sur trois lignes (ou le code est super performant) alors à la place de la censure, j’aurais enlevé les parties incriminées au lieu de les laisser et de permettre à quelqu’un de les lire. D’ailleurs, à ce propos, je supposais que le « texte codé » était à la suite du texte lisible, vu sa longueur mais maintenant, je doute vu que ton paragraphe « Les premières phrases étaient raturées […] Je sautai quelques lignes pour arriver au plus important. La partie. La seule qui me semblait vraie. Celle écrite dans le code que nous avions inventé enfants.  » : Est-ce que tout le récit codé est contenu dans les première lignes barrées ? Parce que s’il arrive à sauter des passages et à lire le récit de l’explosion de navette, ben, leur code est super performant.
    – Vu le coût et le temps de trajet (mini 7 mois et on est physiquement incapable (pour l’instant mais il y a peu de chance que ça change 2040 ou 2057) de réduire ce temps), le coût de la vie là-bas (Mars n’est pas habitable, il faut produire de l’oxygène, de la nourriture, de l’énergie pour éclairer, chauffer, faire fonctionner les ordinateurs, émetteurs radio…) je pense que les personnes allant sur Mars sont parfaitement au courant de ce qui les attend, on n’essaye pas d’envoyer des gens pour « rien » là-bas. Parce qu’à partir du moment où ils y sont, ils y sont pour un moment (grosso modo 2 ans minimum). Et quitte à les tuer (à moins que l’explosion soit un accident), autant éviter de le faire à grand frais (une navette tout de même, c’est des millions d’euros !) et autant le faire sur le sol martien. Et je pense aussi que le décollage d’une navette est un événement plutôt suivi, mais ça peut être envisageable que ça se fasse en secret.

    Voilà ! (oui, j’avais dis des petites remarques, mais bon^^ et oui, je suis un peu pointilleuse pour le coté scientifique, désolée :))
    Encore bravo (mes remarques n’enlèvent pas la qualité du travail et le fait que j’ai apprécié la lecture) et au prochain épisode

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