Quelques mots de Mars…

Par Cielrose

Une grotte. Ou plutôt, une galerie. Elle écorchait la surface lisse de la falaise, semblable à une blessure causée par la lame d’un géant. Un faible ruisseau suintait entre ses parois, et j’imaginais parfaitement le bruit de l’eau qui courait sur les roches. Nous savions tous ce que cela signifiait : une longue journée de travail que nous passerions à creuser. Les ouvriers comme moi étions les bras et les mains des scientifiques qui travaillaient ici, qui analysaient toutes nos trouvailles. Personne ne nous racontait exactement ce qu’ils cherchaient, mais les rumeurs se propageaient très vite, et le but de l’expédition était maintenant très clair : se préparer à emménager sur Mars. Car il était évident que nous allions abandonner notre planète invivable pour venir habiter ici. Du moins ceux qui en auraient les moyens. Et cela, sur Terre, personne ne s’en doutait.

« Victor ! Tu viens avec nous au bar ? Cela fait un moment qu’on ne t’a pas vu ! » Cela faisait en effet un certain temps que je n’était pas sorti avec les autres ouvriers. Mais je ne pouvais pas.

« Une prochaine fois peut-être… » répondis-je en observant leurs visages surpris. Je m’en allais rapidement avant qu’ils puissent me retenir.

Comme tous les soirs, je faisais réchauffer un des plats déjà préparés que l’on nous donnait, et je m’installais à mon bureau. Je prenais un stylo, une feuille. J’avais toujours eu l’habitude d’écrire un brouillon sur du papier, avant de taper mon message et de l’envoyer par mail. Cela me rappelait quand nous étions enfants, sur Terre. Je laissais mes doigts courir sur le papier quelques instants, les yeux dans le vague, le cœur serré. Mes pensées étaient toujours si confuses, et je n’arrivais plus à les démêler. J’essayais en vain de retenir les larmes de colère qui coulaient sur mes joues.

« Cher Élie, comment-vas tu ? Pour ma part, pas très bien, car quelque chose me préoccupe. Il faut absolument que tu saches ce qu’il se passe ici, que tu en informes le plus de personnes possible… »

J’aurais voulu commencer ma lettre ainsi, et lui expliquer ce qu’il risquait d’arriver. Mais toutes les lettres étaient relues par les autorités, et toutes celles qui donnaient trop d’informations étaient brulées. Alors, chaque soir, la gorge horriblement serrée, j’essayais de faire comme si tout allait bien. Je racontais à quel point les paysages de roches rouges étaient magnifiques, je lui parlais de mes sorties au bar, de mes amis. Je lui écrivais que tout allait bien. Mais quand je relisais ma lettre, mes mots me semblaient si faux que je m’empressais à chaque fois de jeter les brouillons dans la corbeille. Je ne pouvais pas lui mentir, pas à lui. Alors j’écrivais une lettre qui ne serait jamais envoyée, juste pour me sortir tout cela de la tête.

Le soleil se couchait sur les roches rouges de Mars, et j’assistais une nouvelle fois à ce drôle de spectacle. Les colines paraissaient en feu, ainsi balayées par les rayons orangés du soleil. Ici, tout était rouge, marron, ocre. Le soir était le seul moment où le jaune et le orange éclairaient l’étrange cité que les humains avaient construite. J’aurais aimé profiter de ce spectacle comme au premier jour, mais je ne pouvais pas. Mes pensées étaient tournées vers la Terre. J’étais hanté par les forêts et les collines verdoyantes. J’étais hanté par les visages de ceux que j’avais laissés là-bas, et que j’imaginais en danger permanent. Et surtout, j’étais hanté par Élie, et par ces mots qui restaient coincés dans ma tête. 

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5 réflexions au sujet de « Quelques mots de Mars… »

  1. Tiens, je ne voyais pas le cousin d’Elie comme un ouvrier, dans ma tête c’était plutôt un scientifique ou un astronaute^^ Sinon, la description de leur quotidien sur Mars fait vraiment réaliste, c’est très réussi !
    Je rejoins l’avis d’angeslune sur la faible probabilité que tout le monde aille habiter sur Mars… J’ai aussi du mal à voir ce qui préoccupe tant le cousin d’Elie… Le fait qu’ils envisagent d’y faire habiter une partie des habitants de la Terre ? Un projet tel que celui là se cache difficilement de la majorité, non ? Qu’est ce que ça changerait pour la grande quantité de personnes sans les moyens financiers pour partir qui resteraient ? La Terre a beaucoup de ressources non ? Mars me semble beaucoup plus désertique et difficile à coloniser…

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  2. Je ne sais pas trop quoi dire. Ton texte n’a pas vraiment de défauts mais je n’ai pas spécialement accroché … 😦 Désolée.
    Et je pense honnêtement que c’est logique que seulement une poignée de personne s’en iront coloniser Mars (et d’autres planètes). Et il ne faut pas non plus idéaliser Mars : on ne pourra certainement jamais s’y installer vraiment (températures extrêmes, atmosphère extrêmement fine et non respirable…) et il s’agit d’un des seules « options » dans le système solaire à part la Lune (Venus est protégée par une atmosphère qu’on n’arrive pas à traverser et Mercure est trop proche du soleil, c’est super galère d’y aller, ne parlons même pas d’y survivre, les autres planètes sont des planètes gazeuses donc inhabitables), et quelques satellites mais les conditions seront rudes aussi (atmosphères toxiques et corrosives, températures extrêmes, absence d’eau…). Les personnes partant s’y installer ne seront pas des privilégiés 🙂

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  3. Et que je pense que c’est une erreur 😊 !

    Le mer. 24 oct. 2018 à 07:40, lucile combarnous a écrit :

    > Je voudrais juste vous dire que les liens ne mènent nulle part… > > Le mer. 24 oct. 2018 à 00:21, Le Monde de la Lune Verte <

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