Juste un éclat de rire

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Sélection Arc 2 – épisode 5

Par Didou

Défi du Jury

– 36 secondes. Tu as été superbe Saudável. 41 secondes, Elie. Un bon temps également…

Le cœur battant à tout rompre, j’observais Mme Lauria donner encore quelques conseils à ce couple si différent et pourtant si complice. Notre professeure avait voulu profiter de la fin de l’automne pour nous dispenser un cours en extérieur et si l’idée m’avait d’abord enjouée, ma bonne humeur était rapidement retombée devant l’activité proposée. Un 200 mètres. Devant tous les autres élèves du cours. Un supplice auquel je ne pouvais échapper.

– Aux suivants : Léo et…

Le son fût coupé. Soudainement sourd et aveugle, je n’avais plus que la sensation d’être entraîné de force au fond d’un océan froid et obscur. Je sombrais sans qu’aucune personne, aucun ami, ne vienne à ma rescousse. Ma poitrine se comprima en même temps que mes poumons me brûlèrent. Respirer, je devais respirer. Je battis des bras, cherchant désespérément à avaler une bouffée d’air.

– Léo ? Léo, c’est ton tour !

Brusque retour à la réalité. Je n’avais pas encore commencé l’épreuve mais déjà, des perles de sueurs parsemaient mon front. Mes jambes tremblaient et j’avais la désagréable impression que la moindre bourrasque pourrait me faire flancher. Mme Lauria resta pourtant insensible à mon état et d’un regard glacial, me fit signe de rejoindre la ligne de départ. Dans mon dos, j’entendis alors des murmures moqueurs ainsi que des pouffements. Soudainement, l’océan ne me paraissait plus si inhospitalier. N’importe où plutôt qu’ici.

A demi-conscient, je vis Mme Lauria porter un œil à son chronomètre. J’essayais de m’encourager. Il restait peut-être 50, non 60 secondes de supplice. Je pouvais le faire.

– Top c’est parti.

Près de moi, mon camarade partit comme une flèche. Alors je m’élançais à mon tour, ignorant les supplications et les jérémiades de mes membres inférieurs. Je jetais toutes mes forces dans la bataille, me surprenant moi-même par ma performance. Mais alors que je pensais avoir enfin trouvé mon rythme, mes repères s’envolèrent. Le ciel disparut de mon champ de vision, remplacé par de la terre et des racines. Mes pieds ne foulaient plus le sol. Et surtout, une douleur indescriptible m’assaillit la cheville et le nez. Et alors je compris ce qu’il s’était passé. Une racine. J’avais trébuché sur une racine en pleine épreuve.

Tout autour de moi, les rires redoublèrent et je vis des doigts se pointer dans ma direction. On se moquait de moi. On me raillait. On me persiflait. Ridicule. J’étais ridicule. Des larmes vinrent mouiller mes yeux et je fis mon possible pour ne pas les laisser couler. Mais alors que je m’apprêtais à perdre ce combat, un éclat de rire, juste devant moi me fit relever la tête. Un rire pur et cristallin. Un rire dépourvu de toute moquerie. Un rire communicatif qui me réchauffa l’âme et qui me força à sourire à mon tour.

– C’était une sacrée chute ! Tout va bien ?

Plissant les yeux pour mieux distinguer mon interlocuteur, je hochais fébrilement la tête.

– Je m’appelle Elie. Tu nous as fait une sacrée frayeur ajouta-t-il en me tendant une main chaleureuse.

Incapable du moindre geste, je me contentais de le fixer.

– « Nous » ?

– Nous confirma-t-il en me relevant de force.

Et alors que j’observais la foule massée autour de moi, je compris mon erreur. Le sourire des autres élèves n’était pas moqueur mais encourageant et empli de compassion. Le regard de Mme Lauria se voulait protecteur et inquiet. Quant à celui d’Elie, il était à la fois encourageant et confiant. Dans mon dos, un petit être batailla pour traverser la foule et vint poser une main réconfortante sur la mienne. Aussitôt, je sentis mes blessures se résorber. Myolis.

Presque contre ma volonté, j’eus un éclat de rire. Je n’étais plus seul. Et je me devais de répondre à l’amitié que l’on me portait. Alors, puisant ma force dans le regard de tous ceux qui m’entouraient, je fis la déclaration la plus courageuse de ma vie :

– Je vais finir la course.

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2 réflexions au sujet de « Juste un éclat de rire »

  1. Un chouette texte pour ce personnage, en tout cas sa conclusion ! On a envie de voir un Léo plus fort, qui ne s’enferme pas dans son invisibilité et (ici) sa quasi-paranoïa.
    Quelques bémols :
    – la « plongée » de Léo, au début, alors que c’est son tour, pourrait être mieux amenée, je pense ; sur le coup je ne comprenais pas si c’était un véritable malaise, si c’était lié à un quelconque Talent ou si c’était le stress de devoir passer devant tout le monde…
    – de manière générale, travaille tes transitions : en utilisant sans cesse des ruptures fortes (« brusque retour à la réalité », ce genre de formules), tu perds un peu en naturel : c’est rare, dans la réalité, qu’il y ait des changements d’atmosphère aussi rapides. Idem pour les phrases courtes, tu en utilises très souvent, pense à varier le rythme pour qu’elles aient plus d’impact quand tu les utilises 😉
    – à la place d’Élie, je n’aurai pas compris pourquoi Léo répétait « nous ? »… En tant que lectrice, il n’y a pas de problème parce que j’ai suivi les pensées de Léo, mais Élie, non (après, c’est vrai qu’ils se connaissent assez bien)
    Voilà voilà, bravo pour ta sélection !

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  2. J’ai beaucoup aimé ton texte ! Il est tout simple, tout mignon, sans être niais, et ça donne de l’espoir pour notre Léo ! Et puis je trouve le ton assez juste, et l’univers est bien respecté et mis en valeur (notamment avec Myolis qui soigne ses blessures). Bref, bravo !

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