Saudável, vue par Oscar-kun

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Textes supplémentaires

Oscar-Kun nous a fait parvenir deux beaux textes hors-feuilleton sur Saudável. Nous avons souhaité vous les partager.
Ils offrent une nouvelle profondeur au personnage, en mettant à jour certaines facettes cachées de la jeune fille originaire de Rio. Ils ne sont pas officiels mais ils pourraient le devenir, non ? En tout cas, n’hésitez pas à commenter et à vous en inspirer dans vos prochains textes.
Encore merci à Oscar-kun.

 

La vie à et loin de Rio

 

Lorsque nous sommes arrivés pour le cours de Philosophie Ethico-politique avec Madame Thelm, nous avons aussitôt vu les deux vivariums. Madame Thelm nous accueillit en disant : « Asseyez-vous vite, nous allons commencer le cours. Bien ! maintenant, Johanna décrivez avec la plus grande précision possible les deux vivariums et ce qu’ils contiennent, je vous prie. »
Surprise, Johanna sursauta, se leva et s’approcha. Enfin, elle commença la description : « Eh bien, le vivarium de gauche est vide : il n’y a qu’une mince bande de sable sur le sable. Au contraire, le vivarium de droite est, heu… plein. Il y a beaucoup de plantes et de nombreux insectes sur celles-ci.
– Très bien, rasseyez-vous, Johanna, la complimenta Madame Thelm, D’après vous, lequel de ces deux vivariums est le plus vivant ? »
Le début de ce cours, peu conventionnel, nous avait déjà surpris mais cette question nous laissa bouche-bée. Heureusement quelqu’un répondit : « C’est celui de droite, madame. Celui de gauche ne possède aucune vie ! Celui de droite est rempli d’insectes et de plantes.
– En êtes vous sûr ? » demanda Madame Thelm avec un petit air amusé, et sans attendre de réponse, elle appuya sur un bouton. Aussitôt, une petite goutte d’eau tomba du plafond du vivarium de gauche et s’écrasa sur le sable. Alors, le sable se mit à bouger.D’innombrables insectes sortirent du sable. Ils se jetèrent sur l’eau, se marchant les uns sur les autres. Ils étaient identiques à ceux de l’autre vivarium mais un peu plus petits. Nous étions tous complètement captivés.
« Et maintenant, quel vivarium est le plus vivant ? » demanda Madame Thelm. Aucun d’entre nous ne savait quoi répondre. Celui qui avait répondu la première fois dit seulement : « Peut-être que celui de droite possède plus d’êtres-vivant ?
– Non, il possède exactement le même nombre d’êtres-vivant. Nous avons vérifié jusqu’aux bactéries microscopiques. »
Un silence froid tomba dans la classe. Soudain, Saudável pris la parole : « Le plus vivant est celui de droite. Dans celui de gauche, les vivants doivent lutter pour survivre. Par contre, à droite, il leur suffit d’attendre pour vivre. La vie n’est pas pour eux une lutte. » Contrairement aux humains de Rio – pensa-t’elle.
– Excellente analyse et bonne réflexion, la complimenta Madame Thelm. Cependant, la conclusion ne va pas. Je ne pense pas que celui de droite soit le plus vivant. Mais vous ne pourrez jamais comprendre pourquoi si vous ne posez pas les bonnes questions. Aucun d’entre vous ne m’a demandé de définition pour le terme vivant. Qui peut savoir ce que je désignais réellement ? »
Les reproches nous semblaient totalement évidents. Comment avons-nous pu être aussi niais ? Madame Thelm repris : « Ton raisonnement est juste, Saudável, si on considère la vie comme un état mais si on la considère comme un mouvement permanent, alors on tire la conclusion contraire. On ne possède pas la vie. Personne n’a choisi de vivre et personne ne choisira si et quand il mourra. En réalité, chaque individu vit en recherchant sa propre vie. Si celui-ci s’arrête, il meurt ! Si on croit l’avoir alors on a le plus de chances de perdre la vie. Ainsi va le monde avant et après les Grandes Catastrophes. Si la vie est plus dure, à nous de la rendre plus facile. »
Saudável regarda Madame Thelm bouleversée. Maintenant, elle ne reniera plus jamais ses origines de Rio.

 


Le mort de Rio
 

Fuir. Encore fuir. Fuir la mort et ses démons, tous prêts à nous tuer dès que nous baissons la garde. C’était mon quotidien depuis ma naissance : fuir pour ne pas mourir. Malheureusement, j’ai baissé la garde. C’est trop tard maintenant. Je ne peux revenir sur le passé. Je serai mort dans moins de deux jours à peu près. J’ai déjà fini de vivre.
La porte de ma chambre s’ouvre. Saudável entre accompagnée de ma mère. Elle parle entre elles mais je ne les entends pas. Ma mère sort puis Saudável s’approche de mon lit. Elle ne pleure pas mais je sais qu’elle retient ses larmes. Je vois à son regard qu’elle a pitié de moi et ça je ne pourrai jamais l’accepter.
« Arrête de me regarder comme ça ! » C’est sorti tout seul. Juste après l’avoir dit, je l’ai aussitôt regretté. Mais elle s’est ressaisie. Je préfère quand même lui parler :
– Tu ne devrais pas être au Collège ?
– J’ai séché les cours dès que j’ai appris…
– Ça se passe bien au Collège ?
– Oui. Ne t’en fais pas pour moi.
– Alors que fais-tu ici ?
Là encore, je regrette. Je sais bien pourquoi elle est ici mais je ne veux pas l’accepter. Elle ne pleure pas mais son regard est dur. Je sais qu’elle me reproche mes paroles. Je tourne la tête pour ne plus la voir. Je sais qu’elle a compris que je regrettais. Alors, elle semble s’en aller. C’est peut-être la dernière fois que je la vois et j’ai tout gâché ! Mais non, elle s’est arrêtée. Elle est juste allée me chercher un verre d’eau.
– Comment tu te sens, Lucas ? me demande-t-elle.
– Comment tu veux que je me sentes ? Les médecins m’ont bourrés d’anti-douleur pour que je ne sentes plus rien. Bon, après, y a plus qu’à attendre.
– Les médecins…
Bon, les médecins en question sont de pauvres types sans diplôme qui tuent leurs patients une fois sur deux. Mais je suis dans le seul hôpital de Rio dans le coin le moins pollué de toute la ville. Dans mon cas, c’est toujours mieux que rien.
– Comment ça t’est arrivé ?
Celle-là, je m’y attendais. Comme si elle l’ignorait ! Il y a plusieurs milliers de moyens pour avoir un cancer à Rio.
– C’est un cancer.
C’est tout ce que je lui réponds finalement. Mais elle n’insiste pas plus. À Rio, il est très rare de mourir après 50 ans mais, quand même, là, je n’ai que 16 ans. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai commencé à avoir du mal à respirer. Puis ,ces derniers jours, je ne pouvais plus faire d’efforts sans être essoufflé. Les médecins ont conclu à un cancer des poumons. Ils m’ont donné plus que deux jours à vivre. Au plus.
Après un long silence, Saudável reprit la parole :
– Ça fait quoi de te dire que tu vas mourir dans deux jours ?
– Ça fait quoi de te dire que tu vas mourir dans 50 ans ?
J’ai répondu du tac-au-tac, par instinct. Je ne sais même pas pourquoi j’ai dit ça.
– Ce n’est pas pareil !
– Si justement ! Si tu commences à compter les jours, il ne t’en resteras bientôt plus beaucoup. Mais, si tu considères la vie comme une chance que tu dois préserver et dont tu dois profiter, alors il t’en resteras plus que suffisamment pour vivre. Ne gâche pas ta vie pour moi !
Elle ne dit rien, elle ne fait rien mais je sais que ce que je viens de lui dire la touche beaucoup. Je n’ai plus rien à lui dire. Finalement, c’est presque de vrais adieux.
– Maintenant, pars. Je ne veux plus te voir !
Je lui ai murmuré cet ordre mais elle l’a entendu et elle obéit. Elle quitte la pièce lentement. Il ne reste déjà plus aucune trace de son passage. Juste avant de fermer la porte, elle murmure :
Adieu Lucas

 
 

Je dédie ce texte à Lucas Sallabéry, mort dans un accident de la route à l’âge de 16 ans. Je lui souhaite le meilleur.

 

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