Préquel : suivez l’avancée du texte !

Prequel

Sur cet article, vous pouvez assister à l’élaboration du préquel sur Kasia Lauria, dont le scénario était exposé dans un précédent article. N’hésitez pas à réagir, à proposer des idées pour la suite du texte, à dire ce qui vous plait ou non dans les directions qu’il prend… Bref, cet espace est vôtre, et vous pouvez encore participer une fois votre passage écrit ! 🙂

Rappel de l’ordre de passage : Rouge-gorge, Didou, Aile1, Diablo 91, Plume azerty, Enola Plume, la fille qui n’aimait pas les fins, la p’tite Moustache, Aqua, La Petite Etincelle, Oskar-kun, Elle, Page Blanche, Bokalieee, Mià.

Bonne lecture !

Rouge-gorge

Il arrive un moment, dans la traversée de l’océan Atlantique vers le Nouveau Monde, où le vent se calme. Ce moment survient toujours le soir, quand le ciel est clair et que le soleil rougit les flots. Les exilés sortent alors de leurs cabines, contemplent la plaine aqueuse et comprennent qu’aucun retour en arrière ne sera jamais possible. Alors, pour étouffer leur tristesse, ils parlent, ils racontent ce qu’ils ont fui, là-bas.

Ainsi en est-il de deux femmes à l’avant du bateau. La raison du départ de la première est mystérieuse, car elle semble assurée et tranquille. La deuxième toutefois s’exprime avec lenteur et sa voix tremble. Sur cet esquif où s’entassent les désespérés de tous horizons, elles sont les seules à échanger en polonais.

– Je sais pas si ça t’intéresse, tout ça… articule la plus triste des deux. La mort de mon petit frère, c’est pas vraiment une histoire qu’on a envie d’entendre.

– Non, non, répond l’autre, je t’en prie, continue !

– Je vois bien que je t’embête…

– Kasia, tu es la seule personne qui parle ma langue sur ce bateau et j’ai envie d’apprendre à te connaître. Vraiment. Donc tu disais que le Talent de… Marek ?

– C’est ça, confirme Kasia.

– Le Chope-tout ou quelque chose comme ça, s’est déclenché après les Catastrophes…

– Métafaculté, ça s’appelle. Et il était peut-être déjà là avant, hein, mais on s’était réfugiés dans les montagnes, alors on n’a pas vu grand-monde pendant assez longtemps, tu vois ? Le vrai souci à ce moment-là, c’était son cœur. Je voyais bien qu’il faisait des trucs bizarres des fois mais j’étais trop occupée avec sa maladie pour faire le rapprochement. Non, c’est quand tout ça s’est terminé et qu’il est retourné à l’école que c’est devenu un problème…

Didou

Kasia regarde l’horizon, les yeux voilés par des souvenirs douloureux. Nostalgie, regrets, rancune, les sentiments se bousculent dans son esprit. Lentement, elle perd pied avec la réalité, revivant les mêmes scènes qui hantent ses nuits. En réponse à son émotion, sa compatriote pose délicatement sa main dans la sienne, lui souffle de prendre son temps. Ce soutien, cette chaleur qu’elle lui transmet l’aide à reprendre ses forces. A retrouver ses mots. A ouvrir davantage son cœur.

— Marek… mon frère était le garçon le plus pur qui soit. Il avait grandi loin de tous préjugés et il voyait dans les Talents une formidable source d’émerveillement. Guérison, phasage, précognition, tous ceux qui l’entouraient étaient exceptionnels. Il parvenait même à trouver des Talents à ses amis qui en étaient dépourvus. « Tu es la maîtresse arc-en-ciel » disait-il à Maryla, une fille daltonienne. Comme j’aurai aimé que tu voies ce petit ange se tenir droit aux côtés de ce groupe hétéroclite.

— Je n’ai aucun mal à l’imaginer. Tu devais être fière.

— Oh oui, je l’étais. Et je l’étais encore plus lorsqu’il prenait la défense de ses camarades face à ceux qui n’acceptaient pas la différence. Tu sais, cela va te sembler stupide mais je reste persuadée que le Talent de Marek est apparu pour qu’il apporte son aide aux victimes de Talentophobie. Qu’il puisse leur dire : « Je suis comme toi. Je dérange. Je contrarie. On voudrait nier mon existence. Alors soit comme moi. Ignore les critiques et donne au monde ce que tu as de plus beau. Sois heureux. Sois libre »

Aile 1

Elle se tait un instant, le regard perdu dans les vagues. Elle le revoit, riant dans la cour de récréation quand elle allait le chercher en sortant de la fac. Il lui prenait la main et lui racontait sa journée. Parfois, il posait sa main sur son cœur dans une grimace. Parfois, sa maîtresse la prenait à part devant la porte et lui confiait son inquiétude sur un essoufflement ou un mal de ventre. Mais les sourires de Malek balayaient ces « parfois », ces crises passagères et ils continuaient à vivre. Jusqu’au jour où son frère s’effondra sur le tapis du salon.

– Quand il est tombé, je ne savais pas quoi faire, confit-elle dans un murmure. Je suis restée là, sans bouger. Et puis, j’ai vu son visage. Il souffrait, si tu savais comme il souffrait. Je l’ai prit dans mes bras et j’ai couru dans les rues pour aller à l’hôpital. J’étais en pantoufles et je courrais. J’étais bête, en y repensant. Je n’aurais jamais pu y arriver comme ça, l’hôpital était de l’autre côté de la ville. Heureusement une voiture s’est arrêtée et nous a pris en pitié. Un brave homme… mais ça n’a pas servi à grand-chose. Une fois arrivés là-bas, on a attendu des heures. Les infirmières passaient et repassaient, sans même nous jeter un coup d’œil. Et Malek tremblait dans mes bras, il avait mal et je ne pouvais rien faire. C’était horrible. 
– Personne ne pouvait s’occuper de vous ? 
– Il y avait beaucoup de monde, je n’avais même pas de place assise. C’était le seul hôpital fonctionnel à des kilomètres. Et les porteurs de Talents n’étaient pas prioritaires, tu sais. Il fallait d’abord s’occuper des accouchements, des accidentés, des plaies ouvertes… des choses réelles, des choses qu’ils savaient soigner.
Diablo91

Tous ces Talents… Du plus jeune enfant aux retraités, tous souffraient. Tous souffraient d’un mal différent, de l’attente, de l’anxiété, de la fatalité parfois. Mais aucun n’avait le luxe de savoir au final. Aucune des affiches préventives de cette salle grise, aucune des infirmières filant sans un regard ne pouvait nous offrir une réponse à la véritable question qui nous hantait : mourrait-ton d’un Talent ?

Kasia s’interrompt. Elle revoit cette salle d’attente, symbole de guérison et qui était devenue, au fil des heures, une prison. Une prison de regards qui fusillaient son frère, innocent, et qui l’avaient abattu. Abattu. C’était le bon mot… Ces longues heures d’indifférence, d’injustice, aussi longues que monstrueuses…
Non. Elle ne doit plus ressasser cela. Si elle a décidé de partir, c’est pour prendre un nouveau départ. Et quelque part là-bas, au delà des vagues, se trouve sa nouvelle vie : les côtes américaines…

Plume azerty 

Elle respire, croise le regard encourageant de sa toute nouvelle confidente et se contraint à reprendre.
– On a attendu dix heures. On s’entassait dans la salle d’attente mais personne ne venait nous chercher, mon frère et moi. Je demandais à avoir au moins des médicaments, quelque chose pour réduire la douleur, pour lui permettre de dormir, mais rien. Rien. Quand on a enfin été appelés, le médecin nous a gardés une dizaine de minutes. Il a à peine ausculté Marek puis l’a fait emmener dans une chambre de l’hôpital pour le surveiller. Moi, il m’a donné une ordonnance pour des traitements pour le cœur, ils n’avaient plus rien pour soigner les malades à cause des pénuries et de l’envol des prix des médicaments après les Grandes Catastrophes. Je devais me débrouiller seule.
Au milieu de l’océan Atlantique, le soleil se couche et le vent se lève. Après avoir remonté le col de son anorak, Kasia se met alors à décrire ses errances dans la ville, les pactes qu’elle avait conclus, les gens auxquels elle s’était liée. Elle avait abandonné ses études et passait la moitié de son temps à faire des petits boulots pour payer les contrebandiers, et l’autre moitié au chevet de Marek.
– Le pire c’était que l’hôpital me faisait une sacrée concurrence pour me fournir en médicaments. Mais tous ceux qu’ils récupéraient étaient destinés aux Non-Talentueux. Dans les couloirs, j’entendais le personnel parler, et quand ils passaient dans le quartier réservé aux Talentueux ils se permettaient absolument tout. Ils les appelaient « les mutants ». C’est comme ça que j’ai décidé d’entamer ma petite résistance. J’ai commencé à aider ces enfants.
Enola Plume

Kasia plonge son regard dans les abysses de l’océan, portant inconsciemment sa main à son poignet où une fine cordelette pend, avec sa multitude de pendentifs plus bizarres les uns que les autres. Le petit dauphin bleuté se cogne contre les perles, la rose en fil de fer, le pompon inégal, l’anneau rouillé, la figurine de l’ange. Ce bracelet lui rappelle les visages et les sourires de ceux qu’elle a laissés là-bas.

Les yeux miroitant les ténèbres de l’océan, elle reprend.

– Ç’a commencé par les médicaments. Je m’étais fait un réseau… Je bossais tard, je me rendais à des rendez-vous à l’autre bout de la ville… c’était le seul moyen de soulager Marek. Puis quand j’ai vu les yeux désespérés des autres enfants quand ils recevaient une petite caisse de médicaments… il y en avait à peine pour deux jours ! J’ai décidé de mettre de l’argent de côté. Un jour, j’ai ramené tout un sac de médicaments. Si tu avais vu leurs sourires ! Ils étaient tous joyeux, ou du moins, pas aussi abattus que la veille. Ils retournaient dans leurs chambres avec des yeux ravivés… ils devaient bien loger à six, dans leurs chambres… Sur des matelas par terre ou sur des mezzanines serrées. Et puis, il n’y avait que des Talentueux… au moins ils se comprenaient, ils restaient ensemble. Personne ne voulait être avec eux. Il y en a qui faisaient des crises de panique, d’autres qui ne se contrôlaient plus, qui faisaient exploser les lampes… Leurs Talents étaient pour eux un véritable calvaire, en plus de leur étiquette de “monstre”… Il y avait Cassandre… elle venait d’avoir seize ans, la plus âgée du groupe et elle avait un don… enfin, un Talent pour calmer les gens. C’était une battante tellement altruiste… J’étais persuadée qu’elle s’en sortirait très rapidement… c’était sans compter sur ce gang et sur tous les problèmes qui nous sont tombés dessus… Et ma petite résistance est devenue ma grande guerre.

La fille qui n’aimait pas les fins

Nous commencions à voir la « lumière au bout du tunnel » comme on dit. Et puis ce tunnel était devenu notre tombeau. Les entrées se sont fermées. D’un côté, il y avait les gens dit « normaux » qui refusaient de nous aider, sous prétexte, soit qu’on était Talentueux, soit qu’on aidait ces derniers. De l’autre, il y avait le gang.

Le gang. C’est lui qui avait tout détruit. Comme un géant, il nous avait piétinés, broyés, réduits en poussière.

Ça a commencé un mardi. Je me rendais à l’hôpital, comme tous les jours, avec une caisse de médicaments. Je crois que j’étais devenue un peu trop confiante. Contre toute attente, un policier m’a arrêtée. Il m’a demandé d’ouvrir mon sac. J’ai paniqué. Une voiture s’est arrêtée juste devant nous. La vitre s’est baissée. Un femme aux yeux gris perçants nous a scrutés. Elle a fait un signe de la main vers l’intérieur de la voiture. Un homme en est sorti. Il a pris la main du policier et lui a dit « Tu ne nous a pas vus et tu continues ton chemin. ». Le policier est parti. La voiture aussi, emportant ses mystérieux passagers.

J’ai mis un moment à saisir que ce n’était pas en faisant jouer leurs relations ou grâce à de l’argent que le policier était parti sans poser de questions. C’était grâce à un Talent. Et il était effrayant.

Mais j’ai compris trop tard. A ce moment-là, tout espoir avait déjà disparu.

Au début, j’avais résisté. Je m’étais dit « n’accorde pas ta confiance trop facilement ». Puis au fur et à mesure j’ai baissé la garde. Jusqu’à ce qu’on entre dans l’organisation.

Ils nous avaient raconté qu’ils se battaient pour que la cause des Talentueux soit entendue, pour que tout redevienne comme avant.

Un mois environ après notre entrée, j’ai compris leur vrai but. Juste après la première Disparition. Ils ne voulaient pas sauver les Talentueux. Ils voulaient devenir comme eux.

La p’tite Moustache

La voix de Kasia se brise, les éclats volent jusqu’à son cœur et s’y plantent avec force. Ça fait mal de parler de tout ça, très mal. Mais le sourire compatissant de Daria l’encourage à continuer :

– Quand… quand j’ai compris ce qui se passait, j’ai paniqué. Toutes mes certitudes, tout ce qui m’avait fait tenir jusque là, tout s’effondrait. Mon instinct me poussait à m’enfuir avec Marek, loin d’ici, loin de ces gens cupides qui ne pensaient qu’à tirer profit de ces malheureux enfants. Mais cet hôpital était le seul moyen pour que mon frère guérisse, alors nous sommes restés. Pour qu’ils ne se doutent de rien, j’ai continué à travailler pour eux, à voler les médicaments. Mais j’étais sur mes gardes et je ne voulais plus laisser Marek livré à lui même. J’ai demandé à cette fille, Cassandre, de garder un œil sur lui pendant les heures où je n’étais pas là.

Kasia frissonne, mais le vent glacé n’y est pour rien.

– Plus les disparitions augmentaient, et plus je m’inquiétais. Le pire, c’était que le personnel de l’hôpital ne semblait rien remarquer. Après tout, ça leur faisait moins de monde sur les bras. Marek était une cible toute désignée pour ses ravisseur, je le savais, et peut être l’avait-il deviné aussi. A lui seul, il rassemblait tous les Talents possibles, et il en savait beaucoup, trop même, et son savoir sur les Talents les intéressait beaucoup.

– Tu veux dire qu’il connaissait tous les Talents ?

– Oh, pas tous bien évidemment. Mais une bonne partie, oui. Tous ceux présents à l’hôpital du moins. Et il faisait preuve d’une réelle empathie, si précieuse pour comprendre ce que vivaient ses camarades.

Comme s’ils n’arrivaient pas à se raccrocher au présent, les yeux de Kasia dérivent à nouveau vers l’horizon tandis qu’elle revoit Marek lui décrivant chaque Talent avec détail, comme s’il avait toujours vécu avec. Le ton passionné qu’il adoptait leur faisaient à tous, y compris à lui-même, oublier qu’ils vivaient avec un fardeau.

A venir : le passage d’Aqua

 

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3 réflexions au sujet de « Préquel : suivez l’avancée du texte ! »

  1. Rha… j’adore la tournure que ça a pris ! Je t’applaudis très fort (avec une main blessée 😉 La fille qui n’aimait pas les fins ! Hâte de voir ce que ça va donner !
    PS: Oscar-kun n’a pas tort… 😉
    PPS: Pas trop de mort, hein ? Pensez à mon petit cœur fragile 😉
    PPPS: Vu que je n’ai rien dis d’utile dans ce commentaire 🙂 et que j’avais insisté pour communiquer toutes les idées qui manifestaient à grands cris dans ma tête, je m’excuse de vous avoir embêté pour ne rien dire (pour l’instant)… 🙂

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