Lumières dans le noir

Sélection Arc 2 – épisode 6

Par Plume azerty

Défi du jury
 

Une grotte. Ou plutôt, une galerie. Elle écorchait la surface lisse de la falaise, semblable à une blessure causée par la lame d’un géant. Un faible ruisseau suintait entre ses parois. Elie fit un pas. Un autre. La pénombre finit par l’emporter sur la lueur diffuse de la Lune Verte.  L’Alpharillo l’avait accueilli dans ses entrailles. 

 Un éclair. 

Le garçon respirait à peine. Ses chaussures en toiles se remplirent d’eau ; le passage n’était pas assez large pour que l’on puisse l’emprunter en évitant ce serpent glacial, qui s’enfonçait vers le centre de la Terre en suivant la pente douce du conduit.

L’obscurité, quasi absolue, à peine troublée par des éclats lointains flottant dans une nuit éternelle. 

Le métal, puis la terre. 

Des hommes dans une combinaison blanche qui ne laissait pas apparaître un seul millimètre de leur peau. Des combinaisons d’astronautes. 

Le garçon s’arrêta net. Des hallucinations, rien que des hallucinations, évidemment. Il y voyait si peu qu’il décida de fermer les yeux, laissant ses autres sens le guider. La roche était moite et les prises peu assurées. L’air était immobile, le vent même ne s’engouffrait pas ici, faute d’échappatoire. Il montait de toutes parts une odeur de terre mouillée. Le ruisseau glissait dans cet espace sans rencontrer aucune résistance, ni galet à caresser, ni irrégularité à faire murmurer. Un mort n’aurait pas su distinguer ce boyau de son dernier habitat. 

La sensation d’une main, posée sur son épaule. 

Demi-tour. Le ciel immense, inconcevablement vide. Au loin, un point inaccessible. Ou presque. La Terre. 

Elie gémit. Il reprit son chemin, ses jambes le portant à peine. Il pensa à ses camarades qui l’attendaient au Collège, rassemblés secrètement dans une chambre en cette nuit de week-end. Parmi eux, quatre élèves plus âgés trônaient. Ils riaient plus fort que les autres et feignaient d’être amicaux ou arrogants. Peut-être que quelques-uns s’inquiétaient pour lui. 

Des panneaux solaires. Innombrables. D’un bleu industriel sur le sol ocre de Mars. 

L’agressivité du soleil. 

Une boîte à outils. 

Il était le dernier à passer. Tous les autres étaient revenus. Et il ne voulait pas être l’exception. 

Une vive douleur dans le dos, beaucoup de fatigue. 

Malgré des températures négatives, l’impression d’étouffer. 

L’adolescent tentait de ne pas prêter attention aux hallucinations que son imagination fatiguée lui soumettait. Après tout, il commençait peut-être à rêver. Il avait perdu la notion du temps. Il avançait, voilà tout. Il inspirait, expirait. Inspirait. Expirait. 

Toujours cette impression d’étouffer. 

La vue qui se troublait. 

Le cœur qui s’épuisait, les muscles qui s’endormaient. 

Une tenue de mauvaise qualité, fabriquée à moindres frais pour les simples ouvriers. 

Elie chassa les images de son cousin. Mars était à des millions de kilomètres. Pour l’instant, il était question de réussir le pari. Arriver jusqu’à la lampe-torche finale, placée profondément par les quatre élèves en dernière année pendant la journée, après ses sept jumelles. Il y était presque, il le sentait. 

Un bip soudain. Le signal. Celui qui signait son arrêt de mort. Plus que deux pourcents d’oxygène en réserve. 

A peine de quoi marcher une minute. 

Elie tomba. Son pied avait dérapé sur le sol glissant de la galerie. 

Un cri. Inutile : les casques des mécaniciens n’étaient pas reliés entre eux. 

La sensation de chuter, doucement. 

Des larmes. Des regrets. 

L’obscurité. 

Il hurla. Son cri résonna et se démultiplia en écho rebondissant contre les parois. Il avançait en titubant, ne cherchant plus à retenir ses sanglots. Et soudain, alors que le conduit décrivait une énième courbe, il l’aperçut. Logée dans une aspérité du mur, la dernière torche électrique émettait une douce… 

… lumière. 

 

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3 réflexions au sujet de « Lumières dans le noir »

  1. Wouha…
    Ton texte est très bien écrit, angoissant à souhait ! Ce bizutage est pour le moins éprouvant… Et Elie semble halluciner d’une expérience similaire arrivant à son cousin/à un technicien sur Mars, est-ce seulement son esprit ou il y a-t-il une part de réalité ? Est-ce un événement ayant déjà eu lieu ? Ayant lieu en même temps ? Pouvant possiblement prendre place plus tard dans le futur ? Et est-ce vraiment la mort qui attend ce technicien ? Le « lumière » de la fin fait-il référence à Elie ? Au technicien ? Aux deux ?
    Rah ! Tellement de questions dans ce texte et une expérience traumatisante… Bravo en tout cas !

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  2. Hey,
    J’ai adoré ton texte, les premiers paragraphes sont super prenants. La description des lieux et l’atmosphère que tu installes est juste magique, on s’y croirait. La manière d’aborder le thème aussi…un test de courage…c’est bien trouvé, il fallait y penser !
    Bref bravo 😉

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