Vous avez dit hyperbate ?

Voici une petite fiche pour aider celles et ceux qui souhaitent tenter le Défi de l’épisode 7, que nous rappelons ici :

Utilisez au moins 6 figures de style différentes parmi celles figurant dans la liste suivante : comparaison, métaphore (filée ou non), parallélisme, métonymie, anaphore, chiasme, oxymore, allitérations et assonances, polysyndète, prosopopée, et pour les plus hardi-es d’entre vous, hypallage, hendiadys, hyperbate, hypocorisme, paronomase, syllepse.

Vous connaissez sans doute déjà les premières de la liste, dont on nous rabat les oreilles au collège et surtout au lycée… Les dernières sont moins connues, car moins courantes, mais tout aussi intéressantes et peuvent apporter un peu de piment à vos textes ! 🙂

Pour bien commencer, repérez une énumération et deux métaphores dans les lignes ci-dessus. Vous avez remarqué ? Les figures de style sont partout dans la langue courante (en particulier dans le registre familier, les expressions, etc) et on les emploie très souvent sans s’en rendre compte… Alors ce Défi pourrait bien se révéler moins compliqué qu’il n’y paraît au premier abord 😉 Le tout, c’est de savoir rester naturel !

Mais trêve de blabla. Quelques révisions s’imposent avant de se lancer, voici donc définitions et exemples pour chacune des figures de style dont il est question :

Comparaison : rapprochement de deux noms/idées/choses au moyen d’un outil de comparaison (comme, semblable à, aussi… que, tel, ainsi que, pareil à… et des verbes comme ressembler…). Elle permet de faire surgir une image dans le texte, de réunir des éléments inattendus (jusqu’au surréalisme), d’ouvrir sur d’autres dimensions, de déplacer le point de vue, bref, de surprendre (sauf quand la comparaison est passée dans le langage courant et/ou devenue un cliché). Exemples : La terre est bleue comme une orange (Eluard). Il est têtu comme une mule. Ces radis sont aussi grands que des carottes, à votre place, je ne les mangerais pas, c’est suspect. (Si le vocabulaire technique vous intéresse : en bleu le comparé ou thème, en orange le comparant ou phore et en rouge le point commun qui permet la comparaison.)

Métaphore : exactement la même chose que la comparaison, sauf qu’on n’utilise pas d’outil de comparaison – la sensation en est d’autant plus immédiate. Elle demande davantage d’interprétation de la part du lecteur ou de la lectrice, le point commun entre le comparé et le comparant étant souvent implicite. Exemples : la chaleur d’une voix. Le coffre de l’égoïsme. La terre est une orange. « Je me suis appuyée à la beauté du monde » (Anna de Noailles, Le cœur innombrable) : ici, le comparant est implicite, on peut imaginer que la beauté du monde est associée à un mur, ou au rebord d’une fenêtre…

On dit qu’elle est filée quand elle se poursuit sur plusieurs lignes. Exemple : « Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin » (Apollinaire, Zone)

Métonymie : elle consiste à remplacer un terme par un autre, avec lequel il entretient un lien logique, de nature variée : le lieu pour la fonction (l’Élysée déclare = le président déclare), le contenant pour le contenu (boire un verre), la matière pour l’objet (le fer = l’épée) le lieu d’origine pour l’objet (un bordeaux = du vin de Bordeaux) l’instrument pour celui qui s’en sert (un premier violon, une belle plume), l’effet pour la cause (boire la mort = boire la ciguë), ou encore la partie pour le tout (les voiles sur la mer, des bouches à nourrir). Dans ce dernier cas, c’est une forme particulière de la métonymie, qu’on appelle synecdoque. Il y a pas mal d’autres cas encore mais on va s’arrêter là, vous avez les principaux !

Parallélisme : utilisation d’une construction semblable pour deux énoncés, qui met en évidence une similitude ou une opposition. Exemples : « Il n’avait pas de fange en l’eau de son moulin ; il n’avait pas d’enfer dans le feu de sa forge » (Hugo, Booz endormi, La Légende des siècles).

Chiasme : figure de symétrie sur une phrase, un vers, qui procède d’une inversion en prenant la forme AB-BA. Exemple : « Ils ne mangent pas pour vivre, ils vivent pour manger » (Gargantua, Rabelais). « La neige fait au nord ce qu’au sud fait le sable » (La Légende des siècles, Hugo). Si vous faites du grec, le mot chiasme vient de la lettre khi, χ, en forme de croix, parce que cette figure de style dessine une croix lorsqu’on superpose les deux membres de la phrase 😉

Anaphore : répétition d’un même mot ou groupe de mots en ouverture de plusieurs propositions, vers, phrases ou paragraphes. Exemple :

Semblable à la nature […]
Semblable au duvet,
Semblable à la pensée […]
Semblable à l’erreur, à la douceur et à la cruauté […]
À la moelle en même temps qu’au mensonge […]
Semblable à moi enfin,
Et plus encore à ce qui n’est pas moi. (Henri Michaux, L’espace du dedans)

Oxymore : il relie syntaxiquement deux termes contradictoires. Exemple : « Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé / Porte le Soleil noir de la Mélancolie » (de Nerval, El Desdichado)

Allitérations et assonances : répétition d’une même consonne (allitération) ou voyelle (assonance) pour créer une mélodie, ou faire entendre (par imitation du son) ce qu’on est en train de décrire. Exemples : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Phèdre, Racine), « tes mains pleines de fleurs et de meurtres » (Caligula, Camus)

Paronomase : jeu sur la ressemblance phonétique de deux termes, à effet comique ou simplement poétique. Exemples : Tu parles, Charles. « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville » (Verlaine), « Les moutons bêlent qu’elle est belle » (Aragon), « Faux marbre fou d’ambre et d’ombre » (Cocteau), « aplatissant son nez contre la vitre au centre d’un halo de haletante haleine » (Joyce, Ulysse). « Bizarre, beaux-arts, baisers ! » (Ionesco, La Cantatrice chauve).

Polysyndète : répétition d’un mot de liaison plus souvent que ne l’exige l’ordre grammatical. Exemple : « Puis vient le jour… où l’on sait qu’on est pauvre et misérable et malheureux et aveugle et nu » (Kérouac, Sur la route). « Je sentis tout mon corps et transir et brûler » (Phèdre, Racine).

Prosopopée : faire parler un être absent, imaginaire, abstrait (une allégorie comme la liberté, la nature) ou disparu (un mort), un animal ou même un être inanimé comme une pierre.

Hypallage : attribution à certains mots de la phrase de ce qui se rattacherait plutôt à d’autres mots de la phrase (parfois sous-entendus) si on se fie au sens. Ce phénomène peut se traduire par un échange d’adjectifs, un déplacement… Mais un exemple sera plus clair : « ils allaient obscurs dans la nuit solitaire » (Virgile, Enéïde) : ici, on attendrait plutôt « ils allaient solitaires dans la nuit obscure ». Autre exemple : enfoncer son chapeau dans sa tête, au lieu d’enfoncer sa tête dans son chapeau.

Hendiadys ou hendiadyn : dissociation en deux mots coordonnés (avec un « et », par exemple) ce qui devrait être réuni en un seul syntagme, dans lequel un élément aurait été subordonné à l’autre (avec « de », « par », « en »…). Ce sera sans doute là aussi plus clair avec des exemples : « elle tendit une pièce et son poignet massif » (Ulysse, Joyce) au lieu de « elle tendit une pièce de son poignet massif ». « Boire dans des patères et dans de l’or », au lieu de boire dans des patères en or. « Elle et ses lèvres racontaient » (Eluard, Dictionnaire abrégé du surréalisme).

Hyperbate : ajout d’un élément à une phrase qui paraissait terminée (cet élément devant rester syntaxiquement lié à la phrase). « Les armes au matin sont belles et la mer » (Saint-John Perse, Anabase I). Ça n’est arrivé qu’une fois et une seule. « La nuit m’habitera et ses pièges tragiques » (A. Grandbois, Fermons l’armoire, dans le recueil Les îles de la nuit)

Hypocorisme : emploi de diminutifs (Pierrot pour Pierre, etc) ou d’appellations familières, affectives, pour désigner une personne. Exemple : « Coucou à la mémère ! Bozou à la dadame à bibi ! » (Jean Tardieu, La Comédie du langage). Ça peut devenir dépréciatif : gros nigaud, petit chenapan, fifille, etc.

Syllepse : figure proche du zeugma, lequel consiste à cordonner des termes ou membres de phrases par un élément commun qu’on ne répète pas. Dans le cas précis de la syllepse, un mot est employé à la fois au sens propre et au sens figuré. Exemple : « vêtu de probité candide et de lin blanc » (Hugo, Booz endormi). « Pour affronter l’orage, il s’arma de son courage et de son parapluie » (M. Cardinaud).

 

Nous voilà au bout de la liste… On espère ne pas vous avoir fait peur avec tous ces noms compliqués 🙂 Si un point demande réexplication, n’hésitez pas !

 

Sources :

Lexique des termes littéraires, Michel Jarrety, éd. Le Livre de Poche

Gradus – Les procédés littéraires (dictionnaire), Bernard Dupriez, éd. 10/18

ce site

et des souvenirs de cours de littérature ^^

 

PS : ma dernière découverte est le macaronisme, ou « latin de cuisine ». Il s’agit de mettre des terminaisons latines à des mots de la langue française, de mélanger allègrement latin et français… On donne souvent l’exemple « De brancha in brancham degringolat atque facit plouf » (M. Morin, La Mort), pour les non latinistes : « De branche en branche dégringola et fit plouf ». Si vous voulez vous amuser… 🙂

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